Culte du 17 novembre 2024 à Reims – Jésus et la violence qui est en nous

Deux belles fleurs

Psaume 137 ; Luc 24, v25 à 27 ; Jean 19, v30.

Frères et sœurs,

J’ai choisi de vous lire d’abord le Psaume 137 en entier, sans sauter le passage très difficile à lire à haute voix et très difficile à entendre, insoutenable même, qui clôt le Psaume et sur lequel portera ma prédication.

Comment lire ces versets de la plus grande cruauté ?

Une première chose à dire, c’est que cette horrible prière contre les Babyloniens et leurs enfants est formulée par des Juifs qui ont d’abord été déportés sans ménagement, cruellement et sans espoir de retour.

La lecture intégrale de ce Psaume nous rappelle que commettre une injustice entraîne toujours comme conséquence une aggravation du Mal et parfois un retour cruel sur celui qui a initié la première injustice.

Ce Psaume nous rappelle que notre intérêt matériel est de ne pas faire de coup tordu à quelqu’un parce que cette personne pourrait nous en faire un pire en retour. Mais ce raisonnement, qu’il serait utile d’avoir plus souvent, passe à côté de la plus grave conséquence qui est d’ordre moral et spirituel.

Si en me comportant mal avec quelqu’un, je fais naître en lui un désir de vengeance et si je l’entraîne dans une logique de riposte qui sera probablement une escalade de la violence, je suis devant Dieu responsable, non seulement de ma propre faute mais je suis aussi responsable d’avoir été le Tentateur de mon prochain en le conduisant sur une mauvaise voie, celle de la colère et de la vengeance.

Ce sont des réflexions déjà utiles et importantes à avoir, mais il faut aller encore plus loin, au cœur même de la plus grande difficulté qui peut se résumer avec cette question : pouvons-nous, en Église, prier avec ces deux derniers versets ?

1) J’écarte d’emblée la légitimité de la lecture littérale, qui cautionnerait ce dernier degré de violence décrite. Une lecture doit toujours être interprétée. Il faut juste savoir comment l’interpréter.

2) Sans chercher à légitimer la lecture littérale, nous pourrions simplement sauter ces versets, apprendre à les effacer de nos listes de lecture, de nos citations, faire comme s’ils n’existaient pas. C’est de fait, l’attitude la plus fréquente dans nos églises. Et c’est aussi parfois ce que je fais dans certaines circonstances … quand je n’ai pas le temps de développer.

3) Mais il est nécessaire aussi de relever les défis de ces textes difficiles. D’abord parfois parce que nous serons interpellés sur ces textes haineux et il faut pouvoir s’expliquer sur nos convictions qui sont parfois mises à rude épreuve. Et puis surtout, ces textes nous parlent aussi du désir de vengeance qui est parfois le nôtre. Ils sont les miroirs de notre âme parfois violente.

Comment lire et interpréter les textes bibliques ? Pas seulement les textes difficiles mais aussi les prophéties, les livres de sagesse, la loi de la Thora ?

Dans le livre des Actes, lorsque Philippe rencontre l’eunuque éthiopien il lui dit : « Comprends-tu ce que tu lis ? ». Cette question s’adresse à tout lecteur de la Bible. Les Réformateurs Protestants ont insisté avec force pour rappeler à l’Église que c’était le Christ qui était l’interprète des Écritures. La responsabilité de l’Église n’est pas d’interpréter les Écritures, mais de rechercher comment le Christ les a interprétées.

Que veut dire : « Christ est l’interprète des Écritures » ? C’est un peu comme un musicien qui interprète la musique ou une chanson. L’interprète rend réel et sensible pour les autres une musique qui n’existait auparavant que comme une possibilité.

Cela veut dire que Jésus est au centre de chaque texte. Il est venu accomplir les Écritures. Lui qui est sans péché, car il est le Fils de Dieu, a prié ce Psaume 137. Il incarne la totalité de ce Psaume. Il est même la réponse à la prière terrible du Psalmiste.

 

Comment est-ce possible ?

C’est envisageable seulement à partir de ce que je vous disais tout à l’heure : Jésus est Fils de
Dieu. Et s’il est le Fils de Dieu, il est sans péché.

Cette pensée que Jésus est sans péché nous gêne parfois. Elle apparaît comme une phrase dogmatique un peu inutile, comme la survivance d’un imaginaire romantique un peu féerique, irréel, et sans intérêt pour aujourd’hui. C’est tout le contraire. Quand nous disons « Jésus est sans péché », cela veut dire qu’en Lui, rien de Mal n’a pu prospérer dans son esprit, aucune tentation n’a eu de prise sur lui, rien de tordu n’a pu grandir dans sa vie.

Mais en étant ainsi Fils de Dieu et sans péché, Jésus est aussi pleinement homme. Il est au centre du Psaume 137 et il est aussi au centre du Psaume 36 qui déclare : « Je garde en mon cœur la pensée qui exprime la révolte du méchant » ??? Peu clair !!!

Jésus est pleinement Dieu et il est pleinement homme. Et en lui se déploie cette rencontre entre la sainteté de Dieu et la réalité humaine avec tous les effets de cette rencontre. Jésus priant le Psaume 137, Jésus interprétant le Psaume 137. Jésus exauçant le Psaume 137. Jésus déporté hors de Jérusalem, Jésus injustement condamné, pleurant sur la ville, Jésus qui reste muet durant son procès, comme l’envisage l’auteur du Psaume 137 qui a la langue collée au palais.

Jésus lui qui n’a jamais été complice d’une vilenie, qui a toujours écrasé la tête de Satan et de ses multiples rejetons diaboliques sur le rocher de la parole divine. Le rocher dans les Psaumes est une des images les plus fréquentes pour parler de Dieu. Dieu mon rocher, ma forteresse, mon roc, mon sûr abri. Ici, c’est sur le rocher que les Juifs déportés veulent voir mourir les bébés de Babylone.

C’est sur le rocher de la Parole de Dieu que Jésus a fracassé toutes les tentations qui l’ont assailli. Ainsi, dans le désert, lorsqu’il est tenté par Satan, Jésus répond à chaque tentation en citant la parole de Dieu. Ces petits commencements qui chez nous peuvent devenir parfois de gros défauts voire de grands vices, ont immédiatement été écartés par Jésus, comme frappés à mort sur le rocher. On a voulu tuer Jésus enfant sur les ordres d’Hérode. On a voulu tuer Jésus là où il a grandi à Nazareth. Mais ce n’était pas son heure.

C’est sur le rocher de Golgotha que Jésus va mourir. C’est sur ce rocher que Jésus interprète le Psaume 137 et répond à la prière de ce Psaume en se laissant crucifier. Le Mont Golgotha, le lieu du crâne est le lieu selon la tradition Juive où Adam aurait été enterré. Mais Adam n’est pas le seul à avoir connu la mort. Sur le Golgotha, c’est la mort qui meure, celle qui frappe cruellement la descendance d’Adam.

Le Mont Golgotha représente aussi la mort du Mal qui sous toutes ses formes, depuis Adam jusqu’au Nouvel Adam, essaie de se faire tout petit, inoffensif, anodin, transparent, souriant parfois pour mieux nous piéger et prendre racine dans notre vie et, une fois installé, se mettre à grandir petit à petit jusqu’à prendre si possible la première place et tout cela dans un seul but : attiser la peur, la jalousie, la cruauté, la convoitise, la violence…

 

Jésus interprète du Psaume 137…

Jésus injustement traité qui refuse la vengeance et qui pardonne en tuant le Mal au moment même où il est tué. Jusqu’au dernier moment, Jésus aurait pu maudire ses bourreaux, il aurait pu descendre de sa croix, il aurait pu appeler une armée d’anges à son secours, mais Jésus répond à la prière du Psaume en tuant en lui le moindre début de révolte et de ressentiment. C’est en lui-même que Jésus a tué la progéniture de Babylone, métaphore de la cruauté. Cette victoire de Jésus nous invite à considérer trois choses que je vous laisse :

– La première, c’est que le Christ, tout en étant divin, assume la totalité de notre humanité. Il a connu toutes les tentations. Sans céder à aucune, même la plus petite. Il nous montre ainsi que le Mal peut être combattu et battu.
– La deuxième est que justice sera rendue. Le Mal sera jugé et condamné. Non seulement le Mal qu’on nous fait mais aussi le Mal que je suis capable de faire par désir de revanche.
– Troisièmement : Jésus est la clé d’interprétation de toutes les Écritures.

Il y a un lien très étroit entre ce qu’est la Bible, ce qu’est Jésus et ce qu’il est venu accomplir pour nous.

Amen !

Pascal GEOFFROY